LES TROIS VERITES

 

Le berger d'Etcheverry de Saint-Michel, ayant enfermé son troupeau dans la borde, descendait de la montagne à la nuit tombante. Il cheminait depuis quelque temps quand il s'aperçut qu'il avait oublié l'écuelle au lait. Il revint donc sur ses pas, ouvrit la porte de la borde et recula d'effoir en apercevant un Basa Jaun au milieu du troupeau. Mais le Basa Jaun le rassura :

- dis-mois trois vérité à ton choix, et je te laisserai partir sans te faire de mal.

Le Berger, retrouvant sa présence d'espris, et désirant le contenter, commença ainsi :

- Oh ! la belle nuit ! dit-on, pour une nuit où la lune éclaire ; il fait aussi clair que le jour. Cependant, Monsieur, il fait toujours, à mon avis, un peu plus clair pendant le jour.

- C'est vrai, répondit le Basa Jaun.

Le berger continua :

- Quelle bonne méture ! dit-on encore ; elle est aussi bonne que le pain. Le pain, monsieur, est cependant meilleur que la méture.

- C'est encore vrai, dit le Basa Jaun.

Un peu embarrassé pour trouver la troisième vérité, le berger finit par dire :

- Monsieur, si j'avais pensé que je vous trouverais dans la borde, je me serais bien gardé d'y revenir.

- Je le crois, répondit le Basa Jaun, et j'accepte cela pour une troisième vérité. Prends donc ton écuelle et t'en retourne à la maison.

 

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